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Bénin / Chronique : 80 pour 2000 postulants !

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Bénin / Chronique :

80 pour 2000 postulants !

Angelo Dossoumou

Au Bénin, l’attrait pour le fonctionnariat ne faiblit toujours pas. Malgré la succession des contextes socioéconomiques, les limites de plus en plus évidentes d’une option, la variante des bousculades des diplômés pour décrocher un poste aux différents concours de recrutement organisés par l’Etat reste la même. Samedi dernier, pour les 80 auditeurs de justice nécessaires pour le renforcement des services dans le secteur judiciaire, ils étaient exactement 1849 candidats retenus et présents au lancement des épreuves écrites. Cet indice illustre bien qu’en dépit du changement des paradigmes, l’alternative ‘‘Etat’’ s’impose encore à la jeunesse et l’oblige à une attente aléatoire.
A la vérité, toutes les dispositions ont été prises afin que les plus outillés réussissent. Mais, la plupart des milliers de recalés mettront du temps avant de définitivement comprendre qu’aujourd’hui, l’Etat ne peut plus absorber en un laps de temps, la masse de diplômés qui sort des écoles et universités. Ainsi, sur près de 2000 potentiels auditeurs de justice, seuls 80 pourront se faire valoir pour la fonction publique. Les autres, la raison leur dira ‘‘n’espérez plus trop et n’attendez pas longtemps un éventuel retour du même concours’’. Car, la probabilité que ça soit le cas est très faible. Alors, à défaut de s’auto-employer, la seule piste qui leur est offerte est de frapper à la porte des entreprises privées. Et là aussi, la conjoncture économique est fortement défavorable à la course au recrutement. Néanmoins, entre le marteau et l’enclume de la précarité de l’emploi, il faut bien sortir la tête au risque de se retrouver dans le lot des pestiférés. D’ailleurs, qui parle d’emploi, parle d’indépendance, de respect de soi et pour l’équilibre d’un homme, c’est très important.
Mais, avant tout, entendons-nous que l’emploi idéal est d’abord celui-là qui permet à quiconque d’être utile à son pays et à son entourage. C’est dire que d’une formation de juriste, ce ne serait aucunement un drame de se retrouver par exemple, dans l’entreprenariat agricole. Pourvu que la providence accompagne les efforts et qu’à court terme, il y ait possibilité de s’affranchir du soutien des parents. Seulement, pour y arriver, dans la plupart des cas, il se pose le problème de capital. Et donc, rien de surprenant que pour 80 places d’auditeurs de justice, près de 2000 candidats soient enregistrés.
A la limite, on peut s’imaginer que dans l’esprit du Béninois, un emploi épanouissant doit être forcément en adéquation avec la formation de base et le niveau intellectuel. Or, les réalités contractuelles, tant dans le public que dans le privé, ont profondément changé et qui oublie que nous sommes actuellement dans un monde d’adaptation, court tout simplement à sa perte. En un mot, quand l’offre d’emploi au plan national est faible, seuls ceux qui savent se réinventer s’en sortiront. De fait, que tous ceux qui ne passeront pas le cap du concours de recrutement des 80 auditeurs de justice sachent qu’il y a un meilleur avenir hors de la fonction publique ou que la vie ne s’arrête pas à cette seule fonction.
Toute réflexion faite, avec une démographie qui galope, la concurrence sur le marché de l’emploi ne peut qu’être de plus en plus rude. Enfin, dans ces conditions, l’attentisme est suicidaire et toutes les opportunités sont bonnes à saisir. Sinon, c’est l’ennui infini et surtout adieu à notre besoin de sécurité et d’épanouissement.

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