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Bénin / Chronique : Dilemme pour transhumance !

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Bénin / Chronique :

Dilemme pour transhumance !

Angelo Dossoumou

Un député transhumant doit-il ou non continuer de garder son siège à l’Assemblée nationale ? Question scientifique et d’éthique sur une maladie infantile des démocraties émergentes, éternel débat qui n’en finit pas de nourrir la réflexion. Invité au Colloque des experts sur le parlement et la démocratie en Afrique à l’occasion du 35ème anniversaire de l’Enam, le Professeur Théodore Holo s’est jeté à l’eau mais s’est à peine mouillé. Certes, le constat sur la récurrence des élus du peuple qui, du jour au lendemain, rejoignent généralement le parti au pouvoir à la recherche de pâturage pour garantir leur alimentation et leur épanouissement est là. Et même si c’est au détriment des convictions défendues et au nez et à la barbe des mandants, des Constitutions comme la nôtre, trouvent le moyen de ne pas faciliter la déchéance du transhumant.
Evidemment, ce qui, à l’étape actuelle de l’interprétation de notre loi fondamentale est difficilement réalisable, est la tasse de thé d’autres parlements et démocraties. Ainsi, au Rwanda, dans les deux Congo, au Gabon, au Niger et au Nigeria on ne lâche pas impunément son parti à l’hémicycle. Soit, le député transhumant cède automatiquement son siège à son suppléant soit les élections sont reprises à ce niveau. Mais au Bénin, la Constitution du 11 Décembre 1990 fait état de ce que la souveraineté appartient au peuple et ne peut être accaparée par les partis politiques. De plus, nos textes garantissent non seulement la liberté d’opinion et de pensée mais aussi, interdisent le mandat impératif. Et donc, en attendant qu’un jour, notre Constitution ne tienne vraiment compte d’une réalité, libre au député béninois de vadrouiller au grand dam d’un Holo qui malheureusement, n’a pas le dernier mot.
A première vue, un règlement définitif de la question de la transhumance est loin d’être la préoccupation de l’heure. D’ailleurs, quand, actuellement, à l’Assemblée nationale nous avons droit à deux partis politiques appartenant à la même mouvance, cela risque de ne pas arriver de si tôt. Il n’empêche que c’est un phénomène qui fausse le jeu démocratique et, dès que possible, il urge que le législateur et l’Exécutif s’y penchent sérieusement. Car, disons-le clairement, la transhumance fait entorse à l’éthique et à la morale. Et quand on sait que le comportement de nos décideurs est, quelque part, le reflet de notre société ou déteint sur celui des masses populaires, autant opérer la plaie avant qu’elle ne gangrène.
Mais, comme contrairement au Burkina-Faso ou l’initiative des lois peut-être obtenue par le peuple grâce à 15.000 signatures, au Bénin, seul l’agenda de nos décideurs peut situer les uns et les autres sur une volonté. Peut-être qu’avec deux Blocs représentés à l’Assemblée nationale et appartenant à la seule mouvance, notre démocratie aura l’inouïe chance de passer le cap de la transhumance. Autrement, le Professeur Théodore Holo et tous ceux qui croient à une éthique en démocratie devront se faire une raison ou retourner à leurs chères études.
En réalité, sans conviction et discipline, notre démocratie est vouée à l’échec. Peut-être que des garde-fous pour prévenir la transhumance n’est pas la panacée. Mais, on ne paie rien à essayer. De toute façon, tôt ou tard, la lumière finira par l’emporter sur les ténèbres qui ont, pendant longtemps, fragilisé la représentativité au Palais des gouverneurs. Alors, bonne résurrection à un thème qui est loin d’être mort de sa belle mort et vivement qu’un jour, la bonne solution à la transhumance soit enfin trouvée.

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