Bénin / Chronique : Enrôlement stratégique !

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Bénin / Chronique :

Enrôlement stratégique !

Angelo Dossoumou

Sur ce coup, les décideurs n’ont vraiment pas traîné les pas. Dès lundi prochain et durant tout le mois de décembre, démarre l’enrôlement des Béninois vivant au Nigeria. Préalablement annoncé en Conseil des ministres, cette opération d’envergure intervient dans un contexte particulier de la fermeture de ses frontières par le géant de l’Est. Mais, pour ce qui nous intéresse, c’est ce dynamisme du tandem Agence nationale d’identification des personnes (Anip)-Ministère des affaires étrangères qui aidera nos compatriotes à éviter toute surprise désagréable. Déjà officiellement, la finalité de cet enrôlement, ce sont des pièces d’identité biométriques aux normes de la CEDEAO à leur distribuer.
Ainsi, avec cet acquis, dans l’espace communautaire, ils ne devraient en principe pas être inquiétés. Mais, depuis quelques mois, nous avons appris que les règles ne sont applicables qu’aux plus faibles. Du moins de façon unilatérale, il est loisible à une puissance régionale de se dresser contre la libre circulation des personnes et des biens. Alors, chat échaudé ne peut que craindre l’eau froide. Sinon, il y a quelques décennies en arrière, des Béninois, des Ghanéens et d’autres nationalités ont tout perdu juste parce qu’ils avaient choisi la mauvaise période pour investir et travailler au Nigeria. Malheureusement, l’histoire bégaie parfois et quand, à la manette, il se retrouve le même personnage central d’il y a 36 ans, autant prendre toutes ses précautions. C’est pourquoi, au-delà du discours officiel, cet enrôlement n’est pas anodin et, quoiqu’on dise, c’est une nécessité et une urgence de l’heure.
En tout état de cause, l’opération qui démarre lundi prochain est une manière de dire qu’en cas de complications, le Bénin saura à quoi s’en tenir. Mais avant d’intervenir quand le besoin se manifestera, fallait-il déjà avoir une idée exhaustive de la colonie béninoise vivant au Nigeria. De toutes les façons, dans le contexte actuel des relations entre nos deux pays, ce repère n’est pas superflu. Je suis certain qu’en dépit des taux fixés pour l’établissement desdites pièces d’identité, les nôtres ne se feront pas prier. Sauf s’ils n’ont pas encore compris qu’en face du narcissisme, c’est la moindre des précautions à prendre.
En conséquence, avec le tandem Agence nationale d’identification des personnes-Ministère des affaires étrangères, nous avons tous intérêt à ce que l’information parvienne à nos compatriotes vivant au Nigeria. Peut-être qu’en nous inscrivant dans cette dynamique, d’une menace de rapatriement, ils seront un jour protégés. Sait-on jamais. Après tout, les adeptes du protectionnisme, sans doute, effarouchés par une décision qui, lentement mais sûrement, tourne en leur défaveur, peuvent en arriver à franchir le Rubicon. D’ailleurs, ce ne sera pas la première fois. Alors, avant que le même serpent n’essaie de nous mordre pour la deuxième fois, allons à la quête des bons repères et pour l’instant, ça passe par cet enrôlement très stratégique.
Maintenant, sur la base des données qui seront recueillies, l’idéal serait que l’Etat central trace, dès à présent, de bonnes politiques de développement avec cette diaspora d’à-côté. De mon point de vue, si nous voulons vraiment sortir du guêpier nigérian et voler de nos propres ailes, pensons constamment au pire. En réalité, tout ce qu’il nous faut pour triompher des plans sordides du voisin imbu de sa grosseur, c’est la stratégie et la vision. En ça, j’admire et j’admirerai toujours le Rwanda.

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