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Bénin / Chronique : Marche à reculons !

Bénin / Chronique :

Marche à reculons !

Angelo Dossoumou

La nouvelle du retour des biens culturels béninois pillés par la France, l’Afrique entière l’avait applaudi. Pressés étions-nous de revoir ne serait-ce que ces 26 joyaux qui faisaient la fierté du musée du Quai Branly. Mais, coup de tonnerre ! C’est désormais le requérant ou du moins l’Etat béninois à travers le Directeur de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et du tourisme qui fait patienter l’obligé. Sérieusement, j’ai beau me creuser la tête, je ne m’explique pas encore ce qui peut bien motiver cette position. Bien vrai que l’inauguration du prochain édifice devant accueillir les trésors emportés est prévue pour 2021. Ce n’est non plus faux que nos conservateurs, en la matière, méritent une formation appropriée et que la sécurité de ces pièces requiert de grands efforts. Quant à la symbolique et à l’argument d’un processus de réinvestissement spirituel de ces objets sacrés, je suis curieux de savoir non seulement s’ils l’étaient toujours en France et combien de temps cela devrait-il prendre ?
En fin de compte, cette marche à reculons ne fait pas du tout sérieux. D’ailleurs, j’imagine que le colon doit en rire. Sinon, à mon avis, ce passage brusque de l’impatience à la nonchalance trahit un manque d’anticipation. La preuve, 2019 et 2020 passeront sans que la restitution ne soit effective. Malheureusement, ce ne sera pas la faute du pilleur mais du pillé qui, sur ce coup, a confondu vitesse et précipitation. Car, quoi qu’on dise, la démarche du Bénin à l’endroit de la France devrait automatiquement appeler un minimum de dispositions en amont, pour parer au plus pressé. Mais hélas !
Certes, le Bénin ne dispose pas d’un musée à la taille de celui du Quai Branly. D’ailleurs, pour honorer leurs mémoires et leur rendre justice, ce ne sont pas nos aïeuls qui nous en font l’exigence. La symbolique, la plus marquante qu’il puisse avoir, c’est un retour en fanfare sur la terre natale. De plus, ce qui aurait pu marquer les esprits, c’est cette force et cette sérénité à toute épreuve pour démentir les préjugés sur notre incapacité à gérer nos patrimoines. Alors, en attendant de meilleures conditions de conservation des 26 biens pillés, j’exagère à peine, même un tout petit musée, le temps de la finition des travaux, aurait fait l’affaire.
A propos, il faut battre le fer quand il est chaud. Et ce n’est pas pour rien que d’ici, je compte déjà les devises naïvement perdus sur le plan de la rentabilité touristique. Tout ceci, parce que d’aucuns ont préféré l’agréable à l’utile et ont mis entre parenthèses la notion du provisoire. Maintenant, entre nous, à quoi rime l’opportunité d’attendre si longuement avant de revoir les joyaux de nos ancêtres ? Ce qui est sûr, ce n’est pas pour déplaire au colon qu’inutilement, le Bénin a mis sous pression. De ce fait, croisons les doigts que, pour une raison ou une autre, le lointain rendez-vous de 2021 ne nous échappe.
De toute façon, au vu du résultat qui se dessine dans le dossier du rapatriement des trésors pillés, ce serait difficile de convaincre tous les observateurs sur ce choix des autorités béninoises. Demain ne nous appartient pas, ne parlons même pas de 2021. Et donc, le plus tôt pour sanctionner un retour qui devient interminable serait le mieux. Du moins, c’est ce que je crois.

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