Bénin / Chronique : Sursaut panafricaniste !

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Bénin / Chronique :

Sursaut panafricaniste !

Angelo Dossoumou

Un nouveau commentaire, une nouvelle position de Patrice Talon à Dakar lundi dernier et depuis lors, la toile est en ébullition. A l’occasion de la Conférence sur le développement durable et la dette soutenable en Afrique, le chef de l’Etat béninois, comme à ses habitudes, n’a pas porté des gants pour manifester la frustration d’un continent infantilisé et sciemment maintenu dans la pauvreté. Sans détours, il a fustigé la mauvaise perception du risque en Afrique en ce qui concerne les emprunts sur le marché financier. Ce faisant, il a plaidé pour la révision des dispositions de l’Uemoa pour un financement plus facile du développement.
Pour être plus clair, le premier des Béninois ne s’explique pas qu’au nom d’une échelle fantaisiste, nos pays en voie de développement soient contraints à des pourcentages de risques élevés et à des délais très courts tandis que les pays riches ont des facilités incroyables de prêts presque sans taux d’intérêt. Cela est une discrimination à l’endroit d’une Afrique banalisée et sevrée à dessein et il faut oser le dire. Droit dans ses bottes, Patrice Talon, après l’épisode de nos réserves qui tardent à s’affranchir du trésor français, n’a pas hésité à jeter le pavé dans la marre. Eclaboussés pour leur complicité avec un système mafieux qui arrière l’Afrique, le Fmi, la Banque Mondiale et l’Ocde font désormais face au défi de l’objectivité. Sinon, s’il est aussi vrai que d’un pays à l’autre, les risques à prendre en matière d’emprunt sur le marché financier ne sont pas les mêmes, il n’empêche que les écarts relatifs aux taux de risques sont fantaisistes et visent tout, sauf des appuis au développement d’une Afrique encore sous perfusion.
Maintenant, parlant des risques limitatifs à l’accès à un taux préférentiels sur le marché financier, j’ai ouï dire que les pays africains en général sont fortement déclassés à cause notamment de l’instabilité politique et des gouvernances tirées par les cheveux. Soit. Mais ce qu’on oublie, derrière cette stabilité entretenue ou ces gouvernances anachroniques, il se cache toujours ces mêmes qui disent vouloir nous aider. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si des pays à l’instar du Ghana en sont arrivés à tourner dos au Fmi.
Alors, sans vouloir jeter toute la responsabilité sur les autres quant au regard suspicieux des institutions financières internationales sur la crédibilité des signatures de nos dirigeants, faisons après tout nos examens de conscience. Patrice Talon a certainement raison de se plaindre d’un système qui empêche notre envol. Mais, à mon avis, le gros risque qui a toujours plombé le développement d’une bonne partie de l’Afrique, c’est déjà le FCFA et tous ses corolaires. Ensuite, cette volonté affichée de maintenir le plus longtemps possible nos dirigeants dans les liens de la servitude. Et quand il en est ainsi, il faut se donner les moyens de s’affranchir. Justement, ce n’est pas à nos pourfendeurs de le faire. Cela revient à une solidarité à toute épreuve. Malheureusement, j’ai bien peur que Talon ne prêche dans le désert. Seulement, savoir qu’il s’engage résolument dans une dynamique panafricaniste rassure son monde. Mais, il en faut plus que son sursaut.
En réalité, le mal de l’Afrique, c’est son incapacité à se tenir la main et à parler d’une même voix. A Dakar tout comme au cours de son dernier entretien sur Rfi et France 24, Talon n’a rien dit d’extraordinaire. Les plus avertis savaient mais personne n’osait dénoncer. Au contraire, ils s’aplatissaient et riaient de notre misère. En fin de compte, à la conscience collective, ils ont laissé l’image d’un continent d’irresponsables. D’ailleurs, le dédain que le riche a pour l’argent, c’est d’empêcher le pauvre d’en avoir. Alors, au lieu des discours, agissons plutôt !

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