Énergie renouvelable : Un potentiel d’emploi local

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Énergie renouvelable : Un potentiel d’emploi local

A l’instar de nombreux pays de la sous-région, le Bénin poursuit des stratégies de plus en plus ambitieuses pour le développement des énergies renouvelables. Tout en réduisant la pression exercée sur l’environnement et en assurant une meilleure sécurité d’approvisionnement, ces énergies durables sont aussi appelées à contribuer à une hausse de la valeur ajoutée et à la création d’emploi. S’il est vrai que les énergies renouvelables offrent de formidables opportunités d’emplois, il n’en demeure pas moins que ce secteur au Bénin est confronté à une pénurie de compétences et de main-d’œuvre.

Sandric Dikpé

« L’investissement dans les énergies renouvelables au Bénin offre des perspectives non négligeables de création de possibilités d’emplois, une préoccupation essentielle du gouvernement béninois. C’est incontestablement la solution contre le chômage des jeunes au Bénin ». Ce sont-là les propos d’un cadre de l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE). Tout comme lui, beaucoup d’acteurs de la société civile estiment que le développement de projets, la construction et l’installation concernant toutes les technologies qui font appel aux énergies renouvelables ont un important potentiel de création d’emplois. « Il y a aujourd’hui une dynamique dans le secteur », confirme le directeur général de l’agence de recrutement Afrimalin.

Même son de cloche du côté de Samuel Assogba, formateur dans le secteur, qui juge pourvoyeur d’emplois, les énergies renouvelables. « Le secteur des énergies renouvelables comporte quatre grands volets dans sa chaîne de valeur: la fabrication et la distribution du matériel, le développement de projets, la construction et l’installation, le fonctionnement et la maintenance. La configuration de l’emploi dans la fabrication et la distribution des technologies liées aux énergies renouvelables est en gros semblable à celle dans les autres industries des biens d’équipement », va-t-il renchérir. Mais, ajoute-t-il,  « la configuration de l’emploi dans le développement de projets et dans la construction et l’installation est très différente, en ce sens que le travail se fait dans le cadre de projets et que la continuité de l’emploi dépend donc de l’existence d’un flux assez régulier de projets. La configuration de l’emploi dans le fonctionnement et la maintenance est plus stable. L’emploi total tend à augmenter par bonds, lorsqu’une nouvelle installation importante est commandée ». Toutefois, il reconnaît que dans ce secteur, s’observe une pénurie de compétences et de main-d’œuvre.

 

Pénurie de compétences et de main-d’œuvre dans les énergies renouvelables

Au Bénin, beaucoup d’observateurs s’accordent à dire qu’il y a un manque considérable de compétences et de main-d’œuvre dans ce secteur. Selon Noé Garba, formateur dans le secteur des énergies renouvelables, « il y a une pénurie très fréquente d’ingénieurs et de techniciens dans toutes les branches de l’industrie des énergies renouvelables, qui provient dans beaucoup de pays d’une tendance générale des étudiants à délaisser les études d’ingénierie. Il faut en particulier des ingénieurs concepteurs qualifiés (ingénierie civile, mécanique et électrique) connaissant bien certaines technologies des énergies renouvelables », a-t-il laissé entendre. En clair, selon lui, il y a une pénurie considérable de compétences en ingénierie et de compétences techniques dans le domaine hydraulique dans les pays émergents et les pays en développement. « Il manque aussi des ingénieurs qualifiés dans l’industrie de la bioénergie et une pénurie générale de techniciens correctement formés à la bioénergie », va-t-il ajouter.

Harold Dassi (Directeur Général du site de recrutement DigitMarket

Agir pour éviter les pénuries de main-d’œuvre

Le fait de pouvoir disposer de compétences est un élément important qui facilite le développement des énergies renouvelables, et les pouvoirs publics ainsi que le secteur des énergies renouvelables sont en

mesure d’aider les éducateurs et les formateurs pertinents à élaborer leurs programmes de formation. « Les éducateurs et les formateurs peuvent être lents à prendre plus particulièrement en compte les compétences requises par le secteur des énergies renouvelables. Elaborer un cours et le mettre pour la première fois en application nécessite un investissement considérable en temps et en énergie et les fournisseurs de ces services sont aussi contraints par les attentes des élèves et des stagiaires potentiels. Il se peut que les cours proposés avant que l’activité dans le secteur des énergies renouvelables ne décolle réellement ne suscitent pas tout l’intérêt nécessaire pour les rendre attrayants », estime Harold Dassi, directeur général de Digit Market, un site recrutement en ligne.

Toutefois, dit-il, il est possible de concevoir un recyclage (et une formation complémentaire) spécifiquement axé sur les énergies renouvelables pour les travailleurs possédant les compétences pertinentes qui cherchent à intégrer ce secteur, ainsi que pour les nouveaux diplômés qui ont suivi des programmes d’études moins spécialisés. « Dans la pratique, il se peut que le recyclage réponde à l’essentiel des besoins de formation, étant donné que les travaux de construction et d’installation sont souvent temporaires et que les besoins de main-d’œuvre peuvent fluctuer (mais ce besoin de programmes de recyclage pourrait être réduit avec l’adoption de politiques bien conçues qui assurent la progressivité de l’investissement et permettent donc de lisser la courbe de croissance de l’emploi) », va-t-il expliquer.

Dans la même veine, il a fait savoir que ceux qui travaillent déjà dans le secteur des énergies renouvelables ont besoin de suivre un enseignement et une formation appropriés pour combler les lacunes dans les compétences qu’ils possèdent.

 

Jérôme Agnidozan du cabinet Label des Petites et Moyennes Entreprises

Enfin, souligne Jérôme Agnidozan du cabinet Label des Petites et Moyennes Entreprises, « il sera possible de résoudre au moins partiellement le problème des pénuries de compétences et de main-d’œuvre si le secteur des énergies renouvelables, jeune et dynamique, réussit à surmonter les obstacles et la ségrégation professionnelle habituellement liés au sexe pour ouvrir davantage les emplois techniques et d’ingénierie aux femmes ». Cependant, va-t-il conclure, « cela ne sera possible que si l’on offre aux femmes des possibilités d’éducation et de formation adéquates, si les moyens de surmonter les obstacles culturels et sociaux leur sont donnés, et s’il existe une orientation professionnelle et des incitations pour les attirer vers ces types d’études techniques ».

 

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